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Comprendre et faire comprendre

24 septembre 2014

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Nos proches nous interrogent, nos collègues d’Air France nous interrogent, quelques journalistes soucieux de vérité s’interrogent, et certains d’entre nous s’interrogent.
Il est de la responsabilité des organisations professionnelles ayant appelé à ce mouvement social massif de répondre à ces légitimes interrogations.

Pour comprendre, il faut revenir aux premières déclarations d’Alexandre de Juniac à son arrivée à la tête du groupe Air France :
« Je souhaite faire entrer Air France dans les standards de l’industrie »

Cette première déclaration d’intention a d’emblée fait craindre le pire aux salariés du Groupe (ALTER a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises), quand, dans le même temps, les investisseurs et financiers se réjouissaient de voir une société se détacher de sa mission première, à savoir transporter des passagers en toute sécurité.
Les objectifs ont donc bien changé dans l’esprit de notre direction, et le temps où la « société », au sens grec du terme, avait pour vocation à nourrir ceux qui y travaillent, est révolu.

Pour procéder à cette marche forcée vers les standards de l’industrie, DJ Alex s’est tourné vers les investisseurs, et, par le biais d’obligations au rendement exorbitant de 6% voire plus, il a pu combler une partie de la dette contractée principalement à cause des amendes sur les ententes illicites du secteur cargo.
Dans le même temps, parce qu’il faut rassurer le monde financier, il a engagé un plan, d’une part de réduction des effectifs (-13% pour les pilotes, -10000 pour les emplois au sein d’Air France) et, d’autre part d’économie sur le dos des salariés.
Transform 2015 a permis de dégager plus d’un milliard d’économie en augmentant pour toutes les catégories de personnel (hors dirigeants, cela va sans dire, faut pas déconner quand même !) la productivité de l’ordre de 20%.

Mais de Juniac, surnommé double lame lorsqu’il officiait chez Thalès, ne compte pas s’arrêter là. Les standards de l’industrie ne sont pas encore appliqués avec toute l’efficacité exigée.
Ces exigences en augmentation de rentabilité (promesse nouvellement affichée de retour sur investissement de 11%) nécessitent d’appliquer les méthodes qui ont fait leur preuve dans l’industrie :
Il faut démanteler l’outil de travail, le rendre obsolète, tout en construisant, à côté, un nouvel outil, évidemment au moins disant social.

Ce nouvel outil, c’est pour le pour le moment Transavia, qui pille allégrement le réseau Air France (ORY-LIS, ORY-RAK, ORY-FCO, ORY-CMN, ORY-IST …) à des conditions sociales dévaluées et avec un recours forcené à la sous-traitance. Les irrégularités d’exploitation sont légion, faute de moyens (impossible de faire nettoyer un pare brise un dimanche matin alors que l’on décolle face au soleil) et finissent souvent par forcer le dégagement sur CDG pour respecter le couvre-feu d’Orly.
Transavia France est déficitaire depuis sa création, et plutôt que de régler toutes ces irrégularités en apportant du savoir faire, Juniac préfère presser la sous-traitance et rogner encore sur les conditions d’emploi au sein de la filiale.

Une fois l’outil de travail démantelé et la trésorerie remise à flot grâce aux sacrifices des salariés, le capitaine d’industrie peut finir son œuvre en investissant le milliard dégagé de Transform 2015 dans une nouvelle structure, délocalisée, aux conditions sociales encore abaissées, et en diminuant significativement la part de cotisation sociale de l’entreprise française.
Non seulement l’équilibre de notre CRPN sera gravement mis à mal, mais de plus Air France, par ces agissements s’il devaient être effectifs, participera aux baisses des recettes fiscales de l’état et, par voie de conséquence, aux augmentations d’impôts que nous vivons.

Vous l’aurez compris, le salarié, qu’il gagne deux ou dix mille euros, en cas de diminution de salaire, paie deux fois.

Dans la logique des « standards de l’industrie », les efforts des salariés sont investis pour délocaliser son travail et à terme, le supprimer.
Imaginez la réaction d’un ouvrier de chez Renault à qui on demande 20% de productivité pour financer la fermeture de son usine et l’ouverture d’une nouvelle usine Dacia en Pologne !
Et bien, pour une activité qui se voudrait totalement différente (à ses dires), c’est ce qu’Alexandre de Juniac souhaite faire avec Air France, se rapprochant toujours des standards de l’industrie, et surtout, garantir un retour sur investissement attractif.

Les passagers et les salariés sont les grands absents de son projet, et c’est pour cela qu’il faut dire STOP, et exiger que les investissements soient concentrés sur l’outil de travail actuel, en renouvelant, par exemple, une flotte d’avion gourmande en carburant alors que des solutions sont déjà sur le marché.