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Consultation tous pilotes - Une occasion gâchée -

23 février 2017

ALTER tient tout d’abord à remercier les 42 % de pilotes qui ont voté NON à « l’externalisation d’une partie de l’activité et de la flotte LC et MC d’Air France dans une nouvelle structure. »
Ceux-ci ont pris la mesure du danger qui guette notre profession et Air France à voir se développer sans aucun moyen de contrôle efficace et pérenne, une entité externe se nourrissant exclusivement d’une vampirisation de notre outil industriel, avions et lignes confondus.

58% des pilotes votants se sont donc positionnés pour cette « externalisation ». Même si ce résultat est à pondérer au regard du vote de certains groupes de pilotes, encadrement et basés province ayant voté à plus de 90% pour le OUI, il marque aux yeux d’ALTER un événement grave et potentiellement mortifère si notre profession ne réagit pas d’ici peu.
Il ne s’agit pas ici de jeter l’opprobre sur ces PNT séduits par les mirages de la direction d’Air France (ALTER y revient ci-après), mais de comprendre et d’envisager les sorties de l’impasse sociale dans laquelle Janaillac et sa bande nous ont conduits.

À l’ensemble de notre profession, ALTER tient à réaffirmer d’ores et déjà une évidence : rien n’est encore perdu concernant la non-création de Boost, son avenir reste encore entre nos mains !… pour la bonne et simple raison que l’accord pilote à venir devra être soumis à référendum. Il sera alors temps, s’il porte bien entendu toujours en son sein la création de ce cheval de Troie à visée destructrice à moyen terme pour notre contrat social, de le refuser en votant NON.

Pour l’heure, revenons-en aux enjeux de cette externalisation, boite de Pandore anti-sociale s’il en est, et surtout aux fondamentaux sociaux de la vie d’une profession au sein d’une entreprise multi-catégorielle.

Toujours sur fond de stratégie du Choc fondée sur la peur de la viabilité d’Air France dans un environnement concurrentiel, sur quels leviers la direction a-t-elle pu appuyer pour convaincre 1570 pilotes de voter OUI ?
À notre sens, sur trois essentiellement : 1) Le contrat unique pilote AF ; 2) Aucune baisse de la rémunération pour les pilotes, voire des hausses d’ici à 2020 pour certains ; 3) Des QTs source d’augmentation de la rémunération et d’évolution de carrière.
Nous laissons en revanche l’argument du « PNC bashing » aux esprits étroits et déshumanisés (nous y revenons néanmoins plus avant).

Du contrat unique pilote AF

Si celui-ci a occupé tous les esprits en septembre 2014 durant la grève, il va sans dire, mais c’est manifestement mieux de le rappeler à cette heure cruciale pour notre avenir social, qu’il s’entendait à l’époque à condition de travail et de rémunération non dégradées !

Or, aujourd’hui, ce que nous propose le tandem Janaillac/Terner n’est ni plus ni moins qu’un « contrat unique pilote Air France »… A LA BAISSE ! Ce qui est notablement différent, vous en conviendrez.

Et ce au moment même, faut-il le rappeler aussi, où AF-KLM fait plus d’un milliard d’euros de REX (+ 35%) avec AF qui ferait jeu égal avec KLM aux dires mêmes de la direction si l’on rajoutait les effets négatifs mais conjoncturels des « attentats » et grèves PNC et PNT, une dette nette (1/3 AF pour 2/3 KLM) qui décroît de 15 %, un coût unitaire en baisse de 1,7 % et une marge au SKO en augmentation de 1,6 % (si la recette unitaire au Siège Kilomètre Offert a baissé - comme pour la majorité des compagnies, y compris Norwegian -, en soi, cela ne veut pas dire grand-chose si on ne la met pas en regard du coût au SKO ; or ce coût a lui aussi baissé, et de manière plus importante encore, entraînant une recette financière en hausse !).

Si la profession devait accepter demain un tel accord, pour « unique » soit-il, quand allons-nous être en capacité de revendiquer du progrès social ?

Le concept de « contrat unique » n’est donc pas un concept portant en lui de manière évidente et pour toujours une notion de progrès. Tout dépend de qui le manie ! Nous devons donc instamment nous le réapproprier et le décliner, en toute légitimité, À LA HAUSSE !

De la rémunération et des QTs

Dans notre profession, c’est le GVT (Glissement Vieillesse Technicité) qui impacte le plus notre rémunération : la « Vieillesse » par le changement de Classe et d’Échelon, la « Technicité » par les actes de carrière (Quafifs, MC vers LC, OPL vers CDB). Or, que nous vend la direction à ce jour : concernant les Classe et Échelon, elle fait mine de pas vouloir y toucher après néanmoins les avoir gelées plusieurs années.
C’est alors du côté de la carrière qu’il faut débusquer le loup : là encore, elle nous rejoue la partition tant entendue ces dernières années de « QTs contre Accord pilote à la baisse ». Cette mise en scène cynique, mais déjà vue et revue, n’est que le dernier avatar d’une longue série d’ultimatums bidons au même titre que le licenciement de 300 pilotes, la non-venue des B787, la banqueroute d’Air France, etc., si nous n’acceptions pas Perform 2020. Or nous n’avons pas signé Perform et l’entreprise a lancé des recrutements massifs, les B787 rentrent dans notre flotte, 21 A350 ont été confirmés, la croissance du transport aérien est en plein essor, nos avions sont historiquement pleins TOUT EN GAGNANT de l’argent (voir marge au SKO en hausse) ! A qui la direction d’Air France veut-elle faire croire qu’elle pourrait demain engager une politique de réduction de la flotte et du réseau avec une telle dynamique ?
Nous espérons que personne, malgré l’envie de sortir de cette tension sociale entretenue sciemment par la direction depuis trop longtemps, ne succombera à ce nième bluff.

Soyons donc persuadés que les actes de carrière vont augmenter par la force des choses, par la force du marché du transport aérien, et la direction n’y pourra rien, tout comme elle embauche aujourd’hui alors qu’elle avait promis de licencier hier. Et ce, « Trust Together » ou pas !

Faisons maintenant une halte du côté de la Morale, de la Sécurité des Vols et du poids social des pilotes d’Air France.

Même si nos dirigeants sont dépourvus de morale sociale puisqu’au service d’une caste minoritaire arrogante s’accaparant la majeure partie des richesses créées par les salariés, ce n’est pas une raison pour nous en départir à notre tour. Que dire alors d’un choix entérinant la création d’une filiale employant des PNC à vil prix et qui mettrait de ce fait en danger, par mise en concurrence de deux contrats différents, nos collègues PNC d’Air France (rappelez-vous notre combat de septembre 2014 : le « pilot bashing », le contrat unique afin d’éviter la mise en concurrence entre pilotes du groupe…) ? Que penser alors de la future cohésion sociale au sein de l’entreprise entre PNC et Pilote, et en conséquence de la Sécurité des Vols au sein des équipages après un tel positionnement ?

En outre, si la morale et la SV ne suffisent pas à vous convaincre de l’immoralité et de l’ineptie d’un tel choix, c’est avoir la mémoire un peu courte en terme de rapport de force salariés/direction. Car, à n’en pas douter, la direction aurait réussi à instiller au sein des PN un dangereux mais très efficace « diviser pour mieux régner ». Division que nous ne serions pas près de colmater, annihilant ainsi toute possibilité avant longtemps de réitérer un travail en intersyndicale intercatégorielle qui nous a permis, après la grève solitaire de septembre 2014, de ramener, à compter du fameux 5 octobre 2015 (journée de la chemise) le rapport de force à l’équilibre pour tout le monde, y compris les pilotes, le départ de deux PDG et la non-signature de Perform2020, synonyme de maintien de notre contrat social.
Notre futur accord Pilote ne sera durable et fort que si respectueux de nos collègues (en l’occurrence PNC) en terme de solidarité.

Pour conclure, ALTER ne peut à cette heure que prendre acte du vote des 1570 pilotes pour le OUI.

Néanmoins, nous espérons par ces lignes avoir convaincu une majorité d’entre eux de revenir sur leur position afin de poursuivre le combat pour un avenir au sein d’Air France et socialement mieux-disant.

NON A « BOOST »,
NON À LA RÉGRESSION DU CONTRAT SOCIAL PILOTE,
NON AU DUMPING SOCIAL DES PNC.