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Le cadre enchainé

22 septembre 2014

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Les chiffres de suivi de grève sont là pour le démontrer, la mobilisation est massive, bien au delà de la désinformation de la direction.
Néanmoins, elle ne couvre pas 100% des pilotes de notre compagnie.

Si certains ont des circonstances atténuantes exceptionnelles et ponctuelles pour ne pas s’associer au mouvement, si d’autres, cultivant un individualisme sans limite, se gavent sur le dos des grévistes, il convient de se pencher sur le cas des cadres, managers, chargés de taches ou apprenti cadre.
Ces pilotes ont fait un choix, un jour, de monter en grade, de prendre des responsabilités, d’apporter de bonne foi une expertise au service des pilotes. Malheureusement, depuis des années (cela a commencé sous Christian Blanc et a trouvé un aboutissement avec le projet Proxima de Juniac), le système managérial a enfermé l’encadrement dans un asservissement qui l’éloigne chaque jour de son métier premier, pilote de ligne.

Le système mis en place dans lequel on réduit au minimum les prérogatives de l’encadrement, tout en créant des strates successives de progression (le manager est n+1, et son graal est désormais de devenir n+2) dont l’unique effet se retrouve sur la fiche de paie et dans divers avantages professionnels (vacances, activité vol « au choix », qualif gratuite et R1 gratuits pour toute la famille, c’est selon).
Ce système a eu un effet dévastateur sur la sécurité des vols et le rapport que chaque pilote entretient avec son encadrement. D’une part, les cadres ne remplissent pas le rôle qu’on est en droit d‘attendre d’eux (pouvoir d’intervention sur la production, la maintenance, la doc…), d’autre part la relation de confiance avec les pilotes 100% est rompue (défiance de la part des pilotes, trop de tentations de se fourvoyer et d’être « aux ordres » de la part de l’encadrement).
Une fois ce choix de carrière effectué, et dans le contexte décrit, ces hommes et femmes, qui furent un temps nos collègues, se retrouvent enchainés à ce choix fait d’être au service de la direction générale en lieu et place d’être au service du métier.
Sans même évoquer les messages odieux reçus de notre DRH PNT, de notre DGOA et autres chefs de flotte pour relayer le message formaté de Juniac, rien d’étonnant qu’ils soient en première ligne pour assurer l’activité en ces temps de grève. Pour certains, cela doit être dur, parce qu’ils ont vécu et soutenu le mouvement de 1998 qui préservait leur futur contrat social. Pour la plupart, un sentiment de honte doit les envahir, obligés qu’ils sont de venir travailler par la porte dérobée du terminal E.

ALTER a, depuis longtemps, proposé une reforme complète de notre système d’encadrement, en supprimant toute prime (remplacée par une paie à la moyenne secteur), en limitant les mandats à 3 ans non renouvelables pour la plupart des postes (nombre de poste qu’il faudra bien réduire un jour !). Alors, et seulement alors, il sera possible à ces cadres d’être respecté et écoutés, d’imposer à la direction l’exercice de leurs prérogatives car n’étant pas soumis à des velléités d’ascension hiérarchique.

La sécurité des vols y gagnera, l’unité des pilotes y gagnera et beaucoup de cadres actuels seront libérés des chaines qu’ils se sont eux-mêmes passés aux poignets, et redeviendront nos collègues.