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Levé de grève

18 janvier 2018

Pratique managériale :

Les pilotes ont rappelé les fondamentaux

Même entre gens bien élevés et de bonne foi, un désaccord peut parfois survenir. Mais c’est souvent en raison d’un simple problème de communication. Il suffit alors de lever tranquillement l’ambiguïté et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Manifestement, il y a justement eu un léger décalage entre les perceptions des différents acteurs d’un certain événement datant du 2 janvier dernier dans notre compagnie. Belle occasion de lever tout doute entre les représentants des pilotes et leur hiérarchie, opérations aériennes et DRH confondues.

C’est ainsi que les représentants de vos trois syndicats se sont unis dans une parfaite complémentarité ce lundi 8 janvier lors d’une gentille réunion sous préavis de grève pour faire comprendre aux quatre représentants de la direction présents notre vision de la sécurité des vols et de la confiance dans laquelle nous souhaitons ardemment que les pilotes puissent exercer leur profession.

Monsieur Gateau, « grand » chef DRH d’Air France, en particulier, a mis deux bonnes heures à commencer à percevoir le problème dont cet événement est le symptome. Pour lui, les prérogatives du commandant de bord débarqué avaient été respectées… Comme il n’est, bien entendu, aucunement question de soupçonner de sa part la tentation malveillante de noyer le poisson et de faire durer la réunion pour le plaisir et encore moins la moindre mauvaise foi, il faut bien se rendre à l’évidence : nous ne nous étions pas parfaitement compris.

Il a fallu cinq bonnes heures de plus pour lever tout doute et signer un protocole de sortie de conflit dont vous trouverez les termes exacts dans le tract intersyndical « La guerre à trois n’aura pas lieu ».

Votre détermination concrétisée par vos nombreuses déclarations de grève nous a permis de faire cette clarification bien utile et c’est tant mieux !

Désormais, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Comme Monsieur Gateau et toute la direction nous ont parfaitement compris, la prochaine fois qu’un commandant de bord prendra une décision comportant une demande d’assistance, quelle qu’elle soit, pilote supplémentaire ou chef de cabine qualifié compris, le CCO s’empressera d’y répondre dans les plus brefs délais sans barguigner.

Comme notre plaidoyer pour la sérénité dans l’exercice de notre métier et la cohésion des équipages a fait mouche, jamais plus jamais un pilote ou un PNC ne recevra un coup de fil lui demandant de se désolidariser des décisions de son commandant de bord. Et encore moins - ça va sans dire – en utilisant des menaces ou autres vilains gros mots…

Comme la confiance nécessaire à la prise de la bonne décision a été entendue, il ne viendra plus à l’idée de personne à Air France de mentir sur le temps d’intervention pour lever une tolérance technique ou sur la disponibilité d’un avion de réserve et encore moins d’un PN du même acabit.

Comme Monsieur Gateau a compris que nous autres pilotes sommes de bonnes filles et de bons gars rationnels et francs et qu’il suffit d’être faits du même bois pour s’entendre parfaitement avec nous, les accords signés (présents et à venir) avec nos syndicats seront désormais scrupuleusement respectés, dans l’esprit et la lettre.

Ce 8 janvier 2018 restera donc dans la mémoire collective de notre profession comme la date bénie du jour où des gens bien élevés et de bonne foi, cadres de la DRH et des Opérations aériennes, auront compris ce que vos élus et vos syndicats n’avaient sans doute pas réussi à exprimer avec suffisamment de clarté : la sécurité des vols ne se monnaie pas et la confiance et la sérénité sont les conditions sine qua none à l’exercice de notre profession.

C’est vrai qu’à la réflexion – que la honte soit sur eux - vos élus DP n’ont « jamais » posé la moindre question sur ces sujets et ne connaissent même pas le terme de sécurité des vols, vos élus au CHSCT ne réclament jamais qu’on leur fasse confiance en leur fournissant les éléments objectifs nécessaires à leur expertise, vos élus au CE n’ont jamais réclamé le moindre éclaircissement sur des présentations pour le moins obscures de projets de la direction, vos syndicats n’ont jamais réclamé que soient respectées les prérogatives d’un commandant de bord, ni protesté de découvrir l’avenir de la compagnie dans tel ou tel journal quotidien, ni de constater le non-respect d’un accord dont l’encre est à peine sèche.

Car sinon, comment expliquer que des gens bien élevés et de bonne foi, cadres de la DRH et des Opérations aériennes et qui plus est aussi attachés au dialogue social qu’ils le disent aient attendu le 8 janvier 2018 pour prendre conscience de ces besoins finalement bien simples ?

Si vos élus et vos syndicats s’étaient exprimés correctement et n’avaient pas été entendus jusqu’au 8 janvier 2018, il faudrait malheureusement en conclure que la seule différence entre le 8 janvier et les jours d’avant était votre détermination à vous déclarer massivement grévistes. Ce serait alors extrêmement désobligeant pour Monsieur Gateau, toute la DRH, Monsieur Dulat et toute la hiérarchie des Opérations aériennes, tous si attachés à la bonne qualité d’un dialogue social apaisé.

Ce serait terrible de se dire que la bonne foi n’est pas toujours au rendez-vous. Ce serait franchement moche d’en conclure que seule une menace de grève déverrouille des tympans d’habitude fermés à double tour.

ALTER ne peut s’y résoudre. Encore que…