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M. Smith, le temps est venu !

20 septembre 2018

Ça y est, M. Benjamin Smith est arrivé. Dans nos boites mail, en vidéo, sur les écrans de la Cité PN de CDG, dans les médias. Il a même débuté son tour social en recevant certaines organisations syndicales d’Air France.

Que retenir de ses premières paroles mises en images : une communication plutôt convenue pour un nouveau patron, voire un tantinet mâtiné de déjà vu dont nous nous serions bien passés : entre autres, les logos des compagnies aériennes disparues ou supposément en voie de les rejoindre (ce qui, au passage, est manifestement loin d’être le cas pour Alitalia). Cette stratégie du Choc instillant la peur fut l’arme rhétorique préférée de ses plus récents prédécesseurs, lesquels ont, depuis, quitté l’entreprise par la petite porte.

Dans sa grande mansuétude, ALTER fait le pari que ses marques méprisantes du passé lui ont été soufflées par l’équipe dirigeante encore actuellement en charge de la destinée d’Air France. Mais point trop il lui faudra en abuser à l’avenir s’il veut gagner la fameuse confiance des salariés tant prisée par ses pairs… trépassés.

Ensuite, et afin de lui faire gagner du temps et rassurer M. Benjamin Smith, puisqu’il semble très préoccupé par la question, la mentionnant à plusieurs reprises lors de son allocution, ALTER tient à lui faire part de sa profonde conviction sur la capacité des pilotes d’Air France, et plus généralement de nos collègues Sol et PNC, à savoir s’adapter et évoluer avec leur temps. De par leur métier et les qualités intrinsèques requises pour l’exercer, les pilotes d’Air France ont toujours su faire leurs, de manière optimale, les évolutions touchant à leur profession, qu’elles relèvent des procédures opérationnelles ou de l’émergence de nouveaux matériels technologiques par exemple…

En revanche, ces grandes qualités, qui sont donc exigées pour la gestion de nos vols, ne sont pas pour autant synonymes d’un esprit « moutonnier ». A savoir que si l’adaptationet l’évolution demandées nous apparaissent comme allant à l’encontre de nos convictions profondes touchant aussi bien la Sécurité des Vols que nos conditions de travail et de rémunération, que l’avenir de notre entreprise… nous savons aussi prendre nos responsabilités - autre compétence inhérente à nos fonctions ! – pour influer positivement sur le cours des choses.

Ceci étant dit, et suivant en cela le choix assumé de l’Intersyndicale Air France, ALTER laisse le bénéfice du doute à notre nouveau DG exécutif d’AFKLM pour prouver, « dans les tout prochains jours », à savoir en dedans d’un mois, qu’il ne sera pas une nouvelle marionnette mue par les réseaux « franchouillards » de tout poil, politiques, syndicaux ou autres. Ces derniers, d’ailleurs, n’hésitant pas il y a peu à décocher par médias interposés leurs injonctions faiseurs de rois-aux-ordres consistant à appeler « les » pilotes à voter pour l’opposition au Bureau actuel du SNPL AF à l’occasion de leur prochaine élection interne ou pour la CFDT et la CGC à l’occasion de l’élection professionnelle d’entreprise de mars prochain. Outre le fait que les pilotes, et plus généralement les salariés d’Air France, ont récemment prouvé qu’ils n’étaient justement pas de vulgaires moutons bêlant aux premiers aboiements du chien de garde, ALTER forme le vœu que M. Benjamin Smith s’arroge réellement les pleins pouvoirs qui lui ont été récemment conférés et qu’il en fasse usage de manière concertée et progressiste pour le meilleur d’Air France, donc de ses salariés, donc de ses passagers.

Dans cette perspective, ALTER se permet donc de lui suggérer quelques pistes de réflexion, recouvrant à nos yeux essentiellement deux urgences.

La première ne va pas beaucoup vous surprendre, c’est celle touchant au prix de notre travail bloqué depuis 2012 : les fameux 10,7 % d’augmentation répartis initialement en 6% (devenus depuis 5,1 %) au titre du rattrapage de l’inflation perdue entre 2012 et 2017 (celle de 2018 devra être intégrée par la suite… et pourquoi pas lors des prochaines négociations salariales ?!?), cette revendication étant commune à l’Intersyndicale Air France, soit à l’ensemble des salariés de l’entreprise ; et 4,7 % propres à notre profession au titre des efforts de productivité concédés par les pilotes à l’occasion des derniers accords corporatistes.
Manifestement, M. Benjamin Smith semble avoir pris la mesure de l’actualité sociale au sein d’Air France. Il veut aller vite, régler le contentieux salarial en cours pour être en mesure de se projeter dans un futur de moyen-long terme. Dont acte. Il ne nous reste donc plus qu’à réceptionner le courrier d’invitation à la prochaine réunion en vue de signer un accord salarial…

La seconde urgence est plus globale, mais relevant de la même logique que la première : la remise en bon ordre de marche de notre entreprise. Avant que de vouloir aller explorer des terres industrielles nouvelles au-delà de l’horizon des déboires de notre dernière exploitation estivale, qui ne fut que l’acmé d’une gestion désastreuse de notre entreprise depuis plusieurs années maintenant, il faudra que M. Benjamin Smith s’emploie à briser les chaines qui entravent, au quotidien, la pleine et entière capacité d’Air France à très bien faire son travail :

  • arrêt de la sous-traitance ;
  • embauches dans tous les secteurs de l’entreprise gages d’une motivation certaine, d’un haut degré de compétence et, in fine, d’un travail très bien fait au service de la Sécurité des Vols et de nos passagers ;
  • arrêt de Joon qui ne correspond à aucune exigence du marché, si ce n’est celle de l’exploitation de nos collègues PNC (bientôt en grève au passage… et à savoir qu’en quatre jours, entre le 12 et le 15 septembre derniers, 17 vols Joon ont été annulés suite tension équipage PNC, 5 vols ayant été effectués par des compagnies tierces avec des avions de moindre capacité), et qui vont priver la marque Air France d’avions modernes et ses passagers de son service-à-la-française ;
  • développement du tout cargo en pleine expansion ;
  • rééquilibrage, enfin !, de l’activité Long et Moyen courrier entre Air France et KLM…

SI M. Benjamin Smith peut par la même occasion alléger le fardeau que représentent les taxes propres à l’aérien (ALTER, vous l’aurez compris au travers des précédents BSPN, ne milite en rien pour la réduction des cotisations employeurs, symboles d’une philosophie du vivre ensemble se voulant… fondée sur la solidarité intergénérationnelle et déconnectée des capacités de ressources de chacun), dont chacun s’accorde à dire qu’elles pèsent pour 1 milliard sur les comptes de l’entreprise, nous n’y verrions aucun inconvénient... à l’heure où les Assises du Transport Aérien, dont l’échéance vient d’être repoussée à la fin de l’année, voire plus, promettent d’accoucher de beaucoup d’énergie et d’argent dépensés pour rien, une fois de plus.

Et ALTER de souligner à M. Benjamin Smith que, malgré toutes ces entraves accrochées à nos ailes avec morgue et mépris par les anciens et actuels dirigeants, l’ensemble des salariés d’Air France, et les pilotes en particulier au titre de dernier maillon de la chaîne de la Sécurité des Vols, ont réussi jusqu’à présent le réel tour de force ET de nous préserver de tout nouvel accident ET de continuer à faire gagner de l’argent à l’entreprise. ALTER l’affirme sans fausse pudeur : nous aurions pu faire mieux en ce dernier domaine… pour peu qu’on nous ait laissé les moyens de mettre en œuvre de manière pleine et entière tout le riche potentiel d’Air France.

M. Benjamin Smith, si vous faites vôtre une politique sociale centrée sur le bien-être des pilotes, des PNC et du personnel Sol d’Air France, vous pourrez compter sur leurs très hautes compétences et leur engagement pour aller de l’avant et faire d’Air France le plus bel endroit de la Terre. Si en revanche vous faites à nouveau le pari éculé de la langue de bois, du mépris et du mensonge, votre investissement humain consistant à avoir installer votre famille de l’autre côté de l’Atlantique se terminera assurément par un échec professionnel personnel et, concernant Air France et tous ses salariés, par un grand gâchis et du temps perdu.

M. Benjamin Smith, à vous de prouver dans les tout prochains jours que votre volonté est réellement de faire table rase du passé de manière sereine et positive pour les pilotes, et plus globalement pour l’ensemble des salariés de l’entreprise, dans le but de projeter AFKLM vers des cieux socialement et industriellement plus cléments. À vous de nous donner envie de vous accompagner.

M. Benjamin Smith, pour conclure, ALTER tient à vous rappeler que nous nous sommes battus toutes ces dernières années pour que la justice salariale et sociale soit enfin à l’ordre du jour des politiques directoriales, en vain malheureusement jusqu’à ce jour, que nous n’avons pas fait récemment 15 jours de grève pour rien…

M. Benjamin Smith,
vous connaissez nos revendications, elles sont toutes légitimes.

M. Benjamin Smith,
nous ne nous contenterons pas de vagues promesses en un avenir meilleur.

M. Benjamin Smith,
le temps est venu d’apaiser Air France !