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Madame Couderc a un mandat : combattre les salariés d’Air France.

6 juin 2018

Madame Couderc a un mandat :
combattre les salariés d’Air France.

En cette période où la direction tente par tous les moyens et tous ses relais disponibles de semer le trouble parmi les Pilotes (et tous les salariés d’Air France en général), en cette période où certains - en commençant par le Ministre des Finances - nous expliquent que la réponse à la consultation voulue par la direction d’Air France n’est pas celle que nous avons tous « vue », en cette période où il faudrait en faire rabattre à ces salariés qui ont eu l’outrecuidance d’envoyer leur PDG à la retraite (cet « excellent » PDG comme ne cesse de le rabâcher la presse propriété de milliardaires), ALTER pense qu’il est toujours intéressant de revoir comment nous en sommes arrivés là, comment la direction d’Air France a multiplié les provocations et les fautes.

Nous remonterons à la signature de l’accord « Trust Together », le 17 juillet 2017, accord pour lequel la direction a refusé mordicus qu’y soit inscrit un quelconque volet rémunération afin de compenser les années passées de blocage salarial.

Cela fut suivi par l’épisode des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) 2018 durant lesquelles la direction étala toute sa morgue en ne proposant qu’une aumône aux salariés : 0,6 % en avril et 0,4 % en octobre, soit un petit 0,55 % pour l’année 2018 comme solde de tout compte. Et cela grâce à la complicité de la CGC et de la CFDT.
Ces NAO qui furent par la suite logiquement dénoncées par l’Intersyndicale intercatégorielle Air France (ISAF).

Ce fut le début de cette période commune de combat pour une légitime revalorisation de 6 % de nos grilles salariales au titre de l’augmentation de l’inflation non perçue depuis 2012.

Et cette période de combat n’est toujours pas terminée quoiqu’en pense la direction.

Il est à noter, d’ailleurs, que si certains s’interrogent sur la plus-value de partir en grève avec les syndicats PNC et PS, ils pourraient trouver réponse pour en comprendre l’intérêt dans la volonté quotidienne et acharnée de la Direction, de la CFDT (par l’entremise de son secrétaire général national, Berger), ainsi que de la Ministre des Transports de détruire l’ISAF.

Néanmoins, fort d’une belle mobilisation des salariés à l’occasion des divers jours de grève impactant de manière certaine l’exploitation de la compagnie, la direction dut se résoudre à ouvrir des négociations avec l’ISAF. En guise de proposition, la direction a proposé 2 % en 2018 (mais étalés bien sûr…), plus 1,65 % par an les trois années suivantes.
Outre le fait que nous étions bien loin de notre revendication initiale de + 6 % sur 2018, ce projet d’accord était rédigé en trompe-l’œil, comme tout le monde le sait dorénavant, puisque assorti de conditions financières à la seule main des contrôleurs de gestion de l’entreprise (« Free cash flow » et Résultat d’exploitation courant aux nouvelles normes IFRS16 pour les initiés) et d’une clause inique interdisant aux organisations syndicales signataires « d’initier ou de s’associer à un conflit collectif sur les termes de cet accord. »

L’ISAF ne pouvait alors que refuser un tel projet de dupe… et poursuivre la lutte.

Engluée dans son idéologie financière, la direction n’eut d’autres ressources sociales que de puiser dans l’arsenal antisocial des nouvelles Lois Travail pour tenter de remporter la « partie » : la consultation tout salarié afin de contourner leur représentation légale que sont les syndicats. Afin de mettre toutes leurs chances de leur côté, la direction l’assortit d’un chantage à la démission du PDG, M. Janaillac. La stratégie du choc par la peur faisait son retour, une fois de plus… une fois de trop !

Les salariés, et les Pilotes en tout premier lieu, n’étant pas des benêts, est arrivé ce qui devait arriver : un vote sans ambiguïté aucune contre le projet salarial directorial méprisant et le soutien de la démarche revendicative de l’ISAF ! Conséquence collatérale, mais non voulue par les syndicats, M. Janaillac annonça sa démission, tout éploré qu’il était de ne pas avoir été compris...

Qu’à cela ne tienne, tentant le tout pour le tout, la direction osa un vulgaire « face, je gagne… pile, tu perds ! »

Dans les jours qui suivirent, la direction, par la voix de M. Terner (silencieux jusque-là), se fit fort de nier la réponse à la consultation en tentant d’instiller l’idée que 55 % des salariés, ceux-là mêmes qui ont voté « NON », n’avaient rien compris à la question et avaient voté pour d’obscures autres (?) raisons ! Pourrions-nous résumer sa pensée ainsi : 55 % de NON = 55 % de CON ?!?...

Non, M. Terner, les salariés ont bel et bien répondu à la question que vous avez posée, les salariés ont bel et bien refusé l’accord salarial que vous leur avez proposé !

Puis s’en suivit la seconde tentative d’endormir les salariés en lutte : le PDG ayant démissionné, toute négociation était terminée (mais avaient-elles réellement commencées ?). Mais comme cela ne suffirait pas à calmer la colère, ils inventèrent avec l’aide du gouvernement, le PDG « non exécutif » et sans mandat social ! Rien que ça ! C’est ainsi que fut nommer la première femme à ce poste prestigieux, Mme Couderc.
Mme Couderc, manifestement décrétée « potiche en chef » par le gouvernement - une gageure à l’heure où la femme a plus que du fil à retordre avec notre société machiste -, fut aussi affublée de chaperons en la « personne » d’un triumvirat comprenant M. Gagey, (quelqu’un doit nous en vouloir...), M. Terner et M. Elbers (PDG de KLM).

En résumé, à Air France, on peut interroger les salariés à la seule condition qu’ils répondent comme le veut la direction.

Revenons maintenant sur l’argument fallacieux de la direction consistant à brandir, tel un bouclier en papier mâché, le non-mandat social de notre nouvelle présidente pour refuser toutes autres négociations avant l’arrivée d’un hypothétique autre nouveau président. Mais ne nous y trompons pas, Mme Couderc a bien un mandat : c’est de s’occuper de tout… sauf de négocier avec les salariés d’Air France. En plus direct : de combattre les salariés et de ne rien lâcher. Pas plus, pas moins que sous le régime de l’ancienne équipe. La direction d’AF, le Conseil d’administration et le gouvernement n’entendent donc rien d’autre que le combat !

Comment supporter encore ces provocations quand on sait que M. Janaillac, ultime coup de pied de l’âne, a augmenté les pilotes de KLM de 8 % avant son départ ?

Depuis des mois la direction aurait pu sceller la réconciliation avec les salariés.

Mme Couderc depuis son arrivée aurait pu saisir les mains tendues. Pour preuves, l’ISAF a bien voulu attendre dans la responsabilité et le souci d’aboutir que se termine, en date du 8 juin, son tour de table bilatéral des organisations syndicales représentatives.

Il n’est donc pas trop tard pour bien faire, il n’est donc pas trop tard pour que la raison l’emporte, il n’est donc pas trop tard pour que le respect reprenne une place primordiale dans le dialogue social d’Air France… mais il va falloir que la direction générale d’AFKLM prenne ses responsabilités très vite, au risque assuré que les salariés repartiront – très vite aussi - au combat pour aller chercher ce qui leur est légitimement dû.