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Pacte de développement… Ou le règne du mépris

5 avril 2018

« Pacte de développement »…
Ou le règne du mépris !

Le 30 mars dernier, nous avons tous reçu dans nos boîtes courriel un message rédigé par le DG.OA, M. Dulat. Nous avons eu, chez ALTER, de nombreux retours de Pilotes étonnés, voire choqués par la teneur de cette communication.

Ce message, en cette période où tous les salariés demandent un juste retour des efforts fournis depuis des années, s’apparente à une longue plainte directoriale et, surtout, une nième provocation, quand la seule réponse portée par la direction et la voix de M. Dulat est un « Pacte de développement » qui nous ressert le plat périmé de l’accord « gagnant/gagnant » comme si nous n’avions rien donné depuis des lustres.

Le positionnement du DG.OA, qui ne cesse de se dire Pilote, mais porte bel et bien les seuls intérêts de la Direction générale de l’entreprise n’est pas nouveau. M. Schramm, M. Laurent ne firent pas autre chose en leurs temps.

Malheureusement rien de nouveau sous le soleil écrasant de l’injustice sociale tant nous savons que les intérêts carriéristes et financiers d’un DG.OA et qui plus est de la haute direction sont inversement proportionnels à ceux des Pilotes 100 %. Nous pourrions même dire, de l’ensemble des salariés « de base » (pour s’en persuader, il suffit de relire les très officiels Documents de référence d’AFKLM qui publient les objectifs annuels du PDG dont est tributaire sa part variable : en 2015, 10 % de cette part étaient liés à la « mise en œuvre du plan « Perform 2020 », y compris la stratégie de développement : low-cost, partenariats long-courrier, maintenance » ; en 2016, rebelote avec, pour 20 % de cette même part cette année-là, la « mise en œuvre du plan « Perform 2020 », incluant la réduction des coûts de 1,5% et la stratégie à l’international »).

Et l’adage idéologique des gens de pouvoir et d’argent qui veut qu’il soit plus facile de demander des efforts à l’autre, en l’occurrence au Pilote, qu’à soi-même de se vérifier, encore et toujours. Et c’est bien, en réalité, de ce « toujours »-là dont il est question aujourd’hui au travers de notre revendication salariale ! Soit, plus simplement, de notre dignité de salarié à ne plus être, « toujours », et à jamais, méprisé.

Ainsi, bien que M. Dulat dans son courrier ne cesse de dire : « Pour nous, Pilotes… », c’est bien du côté de la direction qu’il est assis quand les organisations syndicales Pilotes sont reçues.

Notre DG.OA nous a donc gratifiés d’une nouvelle liste à la Prévert, une longue litanie de complaintes directoriales :

  • Le besoin de préparer l’arrivée du 350 ? Il serait surtout temps que la direction nous dise comment elle compte faire pour respecter l’accord Trust Together qu’elle vient à peine de signer... et, au passage, l’accord NAO 2017 avec sa prime de 400 euros pour tous les Pilotes, l’accord Transform2015 et ses « Prod’ Balance » entre AF et KLM dont on ne voit toujours aucun signe de retour vers un rééquilibrage et dont les fondements de l’accord initial de 2006 ont été sans cesse bafoués ! De qui se moque-t-on ?
  • L’assouplissement des règles Transavia ? Depuis sa création, outre le fait que cette compagnie nous a coûté plusieurs dizaines de millions d’euros, elle a contribué à la disparition de 40 coques avions MC, alors même que l’accord initial prévoyait des avions et des équipages AF à compter du quatorzième ! La direction en veut manifestement encore plus. De qui se moque-t-on ?
  • La réflexion sur le renouvellement de la flotte MC ? Il est bien connu que les Pilotes ont toujours « choisi » les avions que l’entreprise achète. De qui se moque-t-on ?
  • L’optimisation du nombre de qualifications transversales ? La direction (nous y revenons plus bas) a mis la formation à genou par son idéologie « zéro QT » et vient maintenant nous demander de régler le problème. De qui se moque-t-on ?
  • L’utilisation des données du vol ? Une façon pernicieuse de nous parler du changement du protocole d’analyse des vols sous prétexte de maintenance. De qui se moque-t-on ?
  • L’évolution de la durée du mandat instructeur ? Plutôt que de revaloriser la fonction, allongeons la durée de ceux déjà présents ! De qui se moque-t-on ?

Revenons un instant sur les fautes impardonnables de la direction et dont elle estime ne pas être redevable et, pire encore, dont elle tente de nous faire payer l’addition au prix fort : les amendes cargo et ses centaines de millions d’euros, l’investissement dans Alitalia et ses 100 millions d’euros, les bases provinces et ses 200 millions d’euros, le déséquilibre des activités LC entre AF et KLM qui nous a coûté et nous coûte toujours plusieurs milliers de SKO et d’heures de vol, et en conséquence de passagers… sans oublier sa fameuse politique « zéro QT » dont nous parlions plus haut.

Pour reprendre ce dernier exemple, si nous pouvons parfois penser que la situation d’extrême tension que nous connaissons dans la formation et les QT est un phénomène récurent chez Air France, que cette situation a déjà existé... nous n’aurions pas forcément tort, mais pas totalement raison non plus.

Car, si jusqu’ici il s’était trouvé des moments où Air France, incapable d’anticiper, avait pu se retrouver à courir derrière les embauches et les qualifications, ce ne fut jamais avec une telle ampleur.
Pour en comprendre l’origine, il faut en revenir au péché originel : la journée du 5 octobre 2015.
Ce jour de colère où Juniac pour faire passer son plan Perform2020 et ses -17 % pour les pilotes menace de son fameux plan B. Ce jour où le DG.OA de l’époque déclare dans la presse que le licenciement sec de Pilotes de ligne à Air France n’est plus un tabou. Et nous menace dans la foulée de 2900 licenciements, dont 300 Pilotes ! Admirable vision quand on regarde la situation aujourd’hui.
Mais la direction savait d’ores et déjà que les qualifications devaient repartir, que le B787 devait entrer dans la flotte AF (puisque déjà payé), car le trafic repartait fortement à la hausse. Mais il fallait faire peur pour obtenir que les Pilotes cèdent sur leur contrat de travail : mais nous n’avons pas cédé !

C’est toute la différence entre une erreur et une faute. Un manque d’anticipation et une politique du choc sciemment mise en œuvre. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui nous ne pouvons former correctement. Que nos jeunes embauchés doivent aller à Southampton, que les qualifications B787 se fassent à Miami ou Singapour, que nous ne puissions prendre toutes les parts de marché s’ouvrant à nous… que la sécurité des vols soit mise à mal, entre autres par la fatigue induite par nos rythmes de travail.

Combien coûtent ces fautes à l’entreprise Air France ? Et ce serait aux Pilotes, et plus généralement aux salariés d’Air France de payer ?

En résumé, dans le courrier de M. Dulat, il ressort de ce fameux pacte avec les Pilotes dont il se fait le promoteur que la direction compte tout bonnement faire financer par NOS conditions de travail, la diminution de NOTRE périmètre d’activité, l’augmentation de NOS grilles salariales ! Après nous avoir fait financer leurs propres augmentations pendant plusieurs années - + 29 % pour le COMEX AFKLM entre 2012 et 2016, Mme PARLY et ses 675 000 euros de prime en 2017, + 41 % pour le COMEX AF en 2016, leurs retraites chapeaux, etc. - avec les plans Transform2015, Perfom2020 pour les PS, Trust Together... sans oublier notre fatigue accumulée par le blocage stratégique des embauches et des plans de QT... elle exige aujourd’hui que nous lui en donnions un peu plus encore ! Et le tout, sur fond de remboursement de 2 milliards d’euros aux banques et autres détenteurs d’obligations, de rachat de 39 % de Virgin Atlantique, d’investissement à venir dans Alitalia, Air India, etc... Vous l’aurez compris, la direction d’AF n’entend plus nous donner notre légitime dû, seulement prendre, au mieux échanger, soit ne plus jamais reconnaître la plus-value de salariés motivés, hautement compétents, bien dans leur peau lorsqu’ils sont bien au travail... Et cette vision décadente, injuste et humiliante du salarié, et du Pilote en particulier, nous nous devons de la lui faire passer au plus vite, nous nous devons donc de reprendre la place qui nous est due dans l’entreprise, à savoir celle d’une richesse indépassable et rentable !

Les revendications salariales portées aujourd’hui par tous les salariés d’Air France,
et les Pilotes en particulier, sont justes.

Nous devons donc, vous l’aurez compris, ne pas désarmer et faire monter la pression, toujours et encore, sur une direction qui n’entend que le rapport de force en guise de dialogue social. Nous sommes sur la bonne voie, nous sommes nombreux dans l’entreprise à être unis vers une même revendication, + 6 % d’augmentation de nos grilles salariales pour TOUS les personnels d’AF ! À cette fin, nous t’annonçons que l’ISAF a décidé de nouvelles dates de grève et celles-ci, contrairement aux précédentes, se suivront afin de densifier l’impact du mouvement, conformément à notre stratégie intersyndicale.

Nous ne lâcherons pas ! Nous ne nous diviserons pas !

TOUS EN GRÈVE LE 7 AVRIL, LES 10 ET 11 AVRIL, LES 17 ET 18 AVRIL, LES 23 ET 24 AVRIL !


Et surtout, n’hésitez pas à vous faire le porte-parole de notre juste et légitime combat, à convaincre les collègues qui pourraient encore hésiter ! Notre avenir social dépend de l’engagement de TOUTES et TOUS !