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Projet pour Air France - Redonner leur place aux personnels

17 août 2016

Projet pour Air France
Redonner leur place aux personnels

Dans le BSPN de juin intitulé « Management » et qui mérite d’être lu et relu (contactez ALTER le cas échéant), à la question « assiste-t-on dans les entreprises à un nouveau management de façade ou les résultats sont-ils probants ? », un sociologue répondait ainsi :

« Sur le plan du travail lui-même, les salariés ou agents sont confrontés à des situations de travail déstabilisantes, insécurisantes et perturbantes. (…). Par recours exclusif aux procédures, méthodologies, protocoles, bonnes pratiques mises en place par des experts, consultants de grands cabinets internationaux (…). Pour obliger les salariés à s’en tenir strictement à ces outils et dispositifs et à renoncer à imposer leur point de vue de professionnels et de citoyens, les directions développent une stratégie du changement perpétuel : (…) pour sortir les salariés de leur zone de confort (…).
Dans ce changement permanent, les salariés perdent tous leurs repères ; leurs savoirs et expériences sont rendus obsolètes et ils se trouvent en situation d’apprentissage permanent, dans un contexte d’intensification du travail et d’évaluations elles aussi incessantes de leurs capacités personnelles ».

Évènement
Sur un A318 de retour à CDG d’un vol EUR, après le déclenchement du débarquement des clients, un camion SERVAIR accoste à la porte AVD. L’agent demande et obtient l’ouverture de la porte par le PNC. Au début du débarquement, un enfant échappe à la vigilance de sa mère, pénètre dans le galley et se dirige vers la porte AVD. L’agent SERVAIR présent empêche l’enfant de sortir de l’avion. Le PNC ramène l’enfant hors du galley.

Le Chef pilote de la flotte A320 s’est adressé aux pilotes pour justifier de la reprise (Indispensable ? Urgente ? Nécessaire ? Vitale ?) de cette procédure décriée par toutes les instances du personnel autant que par les agents opérationnels encore capables d’un minimum de recul.

Après un article déjà consacré à cette procédure emblématique de l’état d’esprit des décideurs de cette entreprise (BSPN 1258 du 7 juillet) ALTER est donc contraint par la direction de revenir sur cette nième refonte de nos méthodes de travail maintenue mordicus par la DGOA, contre vents, marées, bon sens, personnels et passagers.

Il est révoltant de constater que les Opérations Aériennes puissent non seulement accepter, mais encore promouvoir systématiquement de telles remises en causes au nom de 2 minutes récupérées on ne sait où !

Cet hystérique programme D0 continue d’être déployé au nom de ceux qui nous expliquent notre travail sans jamais l’exercer. Le débarquement est un moment privilégié du vol sous la forme d’une légère décompression. Cette mesure condamnée par les CHSCT Pilotes et PNC est symptomatique du refus persistant de ces bons conducteurs du changement de mettre enfin un peu la pédale douce. Cette mesure stressante autant qu’inutile doit être abandonnée. Saluer sereinement nos passagers à la fin du vol est un moyen d’aimer notre travail qui ne nous sera pas retiré.

C’est à l’aune de l’introduction de cet article qu’il faut considérer l’acharnement avec lequel l’entreprise persévère.

Cela suffit ! D’autant que l’expérience concrète de cet été, hors grève, montre clairement combien les effectifs et les flottes sont insuffisamment dimensionnés (vols LC avec ICPL en place droite, lignes du groupe exploitées par des sous-traitants tels Air Tracker ou Avantiair, vols annulés faute d’équipage ou d’avion, etc.). Le sureffectif vendu par la direction, ALTER l’a dit et le réaffirme, n’a jamais été qu’un leurre voire un mensonge éhonté avec des objectifs financiers, ni légitimes, ni atteignables !

Les incessantes remises en cause vers le bas du contrat social, des conditions de travail et de l’emploi, l’organisation même du travail participe d’une stratégie délibérée de déstabilisation visant à faciliter les attaques contre les salariés !

En fonction des saisons, ce sera tour à tour motivée par la « simplification », le « donner du sens » ou la « sécurité des vols » que la direction déploiera sa propagande et ses projets, lesquels furent, sont et seront pléthores si nous n’y mettons fin !

Une petite liste non exhaustive pour nous rafraichir la mémoire : Cible avion, cible passage, Optima, Altea, base ORY ou « Self boarding ». Encore ? Sous-traitance de la touchée, PNC faisant fonction CC, autoformation, délégation de l’embarquement, catering MC, tout BLS et automate. D’autres ? Maintenance à l’étranger, marchandises dangereuses, documentation constructeur, passage à l’anglais, abandon du S1, rotation red eyes non protégées. Et pour finir : prestations PEQ, FTL, sûreté, effectifs à la DGI, compo PEQ, repos PN LC, mesures carburant, D0.

A tous les étages du siège d’Air France et dans tous les cercles « décisionnaires » (ce qui ne leur donne aucune légitimité particulière ou vision naturellement supérieure à nos revendications tels la reconnaissance et un statut social progressiste), il est seriné à longueur d’entretien ou de tract « la réforme », le « changement » ou la « nécessité d’avancer » pour mieux masquer les dégradations sociales incessantes dont nous sommes victimes.

S’exprimant dans la presse le 28 juillet dernier, M. Janaillac a d’ores et déjà donné sa vision des choses : à la question « Vous avez aussi observé des faiblesses importantes (à Air France). Lesquelles ? » le PDG d’AFKLM a répondu :
« La première est bien connue : notre niveau trop élevé de coûts par rapport à la concurrence des compagnies low-costs, du Golfe, mais aussi des majors européennes (ALTER ne voit pas qui il peut dès lors bien manquer !). L’écart s’est réduit ces dernières années, mais reste important (…). Un des points faibles que j’avais le moins anticipé tient à la psychologie des équipes : (…) au global, il y a un manque de confiance général dans le groupe et son avenir. Les équipes témoignent du besoin d’une vision à moyen terme qui vienne justifier les efforts demandés ».

Personne ne tombe de l’arbre, ces propos sont ceux de la doxa des grands patrons. Fidèle à ceux de sa classe sociale, le patron continue de faire semblant de se tromper ! Toujours le même problème de culture exclusivement financière…

Outre le problème de confiance durablement détériorée entre salariés opérationnels et management/direction de l’entreprise, ce n’est pas avec de nouveaux projets de réduction sans fin des coûts qu’il redonnera de la motivation et de l’envie aux personnels. Ils sont, avec l’outil industriel Air France, la meilleure chance de l’entreprise et de la holding ! Que la direction cesse donc de vouloir à tout prix (comme ses homologues dans les autres groupes industriels) considérer les salariés comme des boulets coûteux, qu’elle leur reconnaisse, au-delà de simples slogans démagogiques payés à prix d’or auprès des officines ad hoc, les vertus de créateur de richesse qui sont les leurs ! En préservant l’emploi et sa qualité en moyen propre ! En les laissant travailler sereinement ! Pas en les agressant de manière perpétuelle et systématique, pas en tentant de les déstabiliser, pas en promouvant auprès des autorités politiques un modèle social préhistorique.

Par son attitude très dure et ferme lors du conflit PNC à qui le nouveau PDG attribue la responsabilité pleine et entière alors qu’un accord aurait pu être trouvé à peu de choses près, M. Janaillac a déjà montré son camp d’appartenance. Nous, pilotes, devons continuer d’exercer notre métier avec une grande vigilance et ne pas prendre pour argent comptant ce que la direction cherche à imposer. Il en est des procédures opérationnelles telles le catering sur MC. Il en est tout autant de notre mobilisation collective cet automne pour reprendre l’offensive au plan social.

ALTER de son côté s’investira toujours autant dans le front intersyndical et interprofessionnel, à cette seule et unique fin !