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Sécurité des Vols, La direction toujours sur la mauvaise Trajectoire

4 juillet 2018

Sécurité des Vols…
La direction toujours sur la mauvaise Trajectoire

Nous vous avons fait part lors du précédent BSPN (N°1306 du 21 Juin) d’un récent événement grave survenu sur un A330 d’Air France : l’un de ses calculateurs, en l’occurrence l’ECMU (Electrical Contactor Management Unit), calculateur assurant, entre autres, le contrôle des contacteurs AC et DC du réseau électrique de l’avion, a été retrouvé « déracké » à l’arrivée à Caracas. Durant l’investigation par le mécanicien, la bague de verrouillage du second calculateur, l’ECMU 2, a, elle aussi, été retrouvée desserrée entraînant là aussi le risque d’un « dérackage » (en l’occurrence, le départ avec deux ECMU en panne est un NOGO).
À la suite de la récente proposition du CHSCT-Pilotes faisant suite à cet événement, la direction aurait diligenté une campagne de vérification de toutes les soutes avioniques... Au-delà de l’impact qu’aurait pu avoir la perte de ces deux calculateurs au cours d’un vol, ce qu’il faut retenir de cet événement repose sur le fait que cela aurait pu arriver à n’importe quel autre calculateur, du plus « anodin » au plus « essentiel »… Et qu’il est fort à parier que l’ambiance sociale, la grève de la maintenance depuis décembre 2017, la sous-traitance à tout va de notre entretien avion, plus avant encore, la perte du savoir et des compétences au travers de PDV irresponsables, la démotivation rampante et le désengagement consécutif des salariés… ne sont pas étrangers à cette erreur humaine. Au surplus, nous attendons l’information concernant le lieu de la dernière visite d’entretien de cet avion…

Ce grave événement s’intègre donc dans la très et trop longue séquence de l’accumulation des tolérances techniques plus ou moins impactantes.

Ce grave événement n’est que le symptôme d’un profond malaise rongeant notre compagnie : une désorganisation « organisée » touchant la Maintenance, l’Exploitation et notre Moral.

Disons-le haut et fort, sous forme d’alerte, et afin d’y travailler d’arrache-pied pour y remédier, aujourd’hui, la Sécurité des Vols d’Air France est en danger… et nous, pilotes, avec… sans oublier nos collègues PNC et nos passagers !

À l’orée de la saison estivale, nous ne pouvons que constater les dégâts d’une exploitation totalement surréaliste pour une compagnie comme Air France qui n’a « que » 83 ans d’âge dans le métier !
Après avoir rendu nos B747-400 alors que le trafic repartait à la hausse à grande vitesse, après en avoir affrété d’autres en piteux états à la compagnie Wamos, sans parler des Fokker 100 allemands qui volent pour nous depuis au moins deux ans, nous avons été contraints d’affréter des A340 à Air Belgium (récurremment en panne) après que nous ayons rendu trois des nôtres début 2018 ! Aussi, tant qu’à boire le calice jusqu’à la lie, obligation nous est faite cet été d’annuler de manière définitive certaines fréquences LC par manque d’avions, par manque de pilotes, par manque d’une maintenance adaptée… et surtout par incompétence crasse de notre encadrement ! Et il ne suffit pas d’écrire, comme l’a récemment fait le chef de flotte Airbus LC, que « les longs discours sur l’origine de nos problèmes ne servent à rien, nous sommes dans l’action. Il faudra néanmoins s’y pencher après-coup, afin que cela ne se reproduise pas ; et je m’y emploierai » pour se dédouaner de ses responsabilités passées, responsabilités qui l’ont justement vu défendre ces politiques mortifères pour notre Sécurité des Vols et notre Entreprise ! Ceux de l’encadrement, à tous les niveaux de l’entreprise, qui ont laissé faire, au mieux, qui ont contribué et participé, au pire, à toutes ces gabegies tant humaines qu’industrielles ne pourront et ne devront faire partie de la solution !

Alors, avant d’envisager d’augmenter la flotte de Transavia France, de se lancer dans le LC à bas coûts, de privatiser totalement ou non Air France, il y a urgence à rétablir du bien-être et de la sérénité à bord de l’Avion Air France. Il y a urgence à refaire voler notre compagnie sur ses deux ailes.

La politique managériale d’un autre âge qui trône depuis bien trop longtemps au fronton de notre entreprise consistant à reléguer le collectif de travail, pilotes compris, à une vulgaire variable d’ajustement qui n’aurait plus son mot à dire si ce n’est le très enthousiasmant « Patron, oui, patron ! », doit dès aujourd’hui cesser. Ces politiques sont à la source même d’erreurs humaines dues à la fatigue, de collègues qui s’endorment aux commandes alors qu’ils sont en fonction, de souffrance au travail en tout genre… Outre le fait qu’une entreprise de service ne peut très longtemps ambitionner de conquérir des « clients » avec des salariés démotivés (voir notre fameux NPS qui stagne positivement proche du zéro quand il ne devient pas négatif), c’est bien de notre survie dont il est aujourd’hui question : celle de nos vies, purement et simplement, celle de notre entreprise si nous devions faire face, à nouveau, à un accident.

ALTER ne le répètera jamais assez, plus encore aujourd’hui que jamais, nous, pilotes, sommes la dernière plaque de Reason. Ne nous laissons pas happer par une exploitation anxiogène, par des conditions de travail qui amènent la plupart d’entre nous à vouloir honorer des emplois du temps à plus de 20 heures supplémentaires alors qu’ils sont fatigués (que dire d’ailleurs de la qualité d’une formation qui voit justement ses principaux protagonistes, les instructeurs, voler jusqu’à 30 heures supplémentaires par mois !)…

Dès à présent, décrétons la mobilisation générale pour défendre notre Sécurité des Vols en prenant des marges (justement en évitant celles dédiées aux CDB !) et soyons déterminés à nous battre pour obtenir une politique sociale qui met le salarié, et le pilote en particulier, au centre de ses préoccupations ! À ce prix, et à ce prix seulement, nous serons en mesure d’envisager un avenir serein et progressiste pour Air France et ses passagers.