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Si j’étais Président !

1er mai 2017

Par un courrier du 16 janvier 2017, que vous pourrez trouver sur le site ALTER, le Président Janaillac s’est adressé aux différents candidats à l’élection à la Présidence de la République.

Si nous avions été destinataires de cette missive, voilà ce que ALTER aurait répondu.

Monsieur le Président directeur général d’AFKLM,

Vous avez voulu attirer mon attention de candidat à la magistrature suprême sur les propositions qui sont les vôtres pour le Groupe Air France KLM afin de lui « assurer une croissance rentable et durable » et je vous en sais gré.

Mon ambition, si j’étais élu Président de la République, se veut une ambition sociale, écologique, universaliste et pacifique.

De par son impact majeur et son rôle central, le transport reçoit bien évidemment toute mon attention et s’inscrit à l’évidence au tout premier plan de mes préoccupations eu égard à l’impératif écologique et à son impérieuse nécessité humaine, sociale et économique.

Un constat : déplacer à la fois les personnes et les biens est indispensable au fonctionnement de notre pays. Le système des transports représente en France 18 % du PIB et emploie 1,34 million de personnes. Organisé comme il l’est, il ne répond pas efficacement à nos besoins.

Les gouvernements ont soumis le secteur du transport à la seule logique de la rentabilité. La casse des services de transport est le résultat de la politique de l’Union européenne, politique libérale qui s’attaque aux emplois et aux conditions de travail des personnels. Tous les secteurs sont touchés. Avec 15 000 emplois supprimés depuis 2010, Air France subit de plein fouet l’application des directives européennes et le dumping social qu’elles génèrent. Le transport aérien a été dérégulé. Les compagnies « low-cost » financées par les collectivités locales (donc par nos impôts) entretiennent une concurrence déloyale. Les politiques libérales qui encouragent le dumping social fragilisent les salariés.

En outre, l’aviation semble, à ce stade des connaissances, devoir rester encore dépendante des énergies carbonées. La sobriété devra donc être son alpha et oméga. Celle-ci passe par des investissements dans des flottes d’avion les plus récentes dont les consommations sont réduites (de 20 à 30 %) et une réflexion sur la fréquence et les modules des vols.

De manière plus spécifique au groupe Air France KLM, j’ai bien conscience de sa dimension multinationale, laquelle joue à plein dans l’optimisation financière à l’œuvre. Sous l’impulsion de votre prédécesseur, et semble-t-il repris par vos équipes, s’est mis en place un transfert d’activité très net au profit de la filiale Néerlandaise KLM. Cette politique délibérée que vous n’évoquez pas alors que vous présentez des chiffres en matière de différentiel de cotisations sociales entre la France et la Hollande, inquiète salariés du groupe comme organisations professionnelles et explique très probablement le sentiment d’injustice, d’absence de reconnaissance et de démotivation qui les habitent. Les tensions sociales à tous les niveaux (personnel sol et navigant) traduites par de nombreux conflits sont nés de la politique GPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences) ayant conduit à un effectif opérationnel aujourd’hui insuffisant pour assurer l’exploitation quotidienne des vols dans des conditions satisfaisantes de sérénité et de bien-être au travail. Outre les enquêtes que vous avez menées de votre propre initiative, j’ai eu connaissance du rapport « Risques psychosociaux » élaboré durant l’été 2016 auprès des pilotes après une décision du CHSCT-Pilotes. Ce qu’il révèle en matière de défiance dans le projet d’entreprise et la capacité de la direction à le mener à bien est inédit s’agissant d’une population assimilée à des cadres.

À l’image de la violence de notre société, ces enquêtes mettent en avant de très forts signaux de souffrance au travail par mise en compétition des salariés entre eux, management par la peur et absence concrète de reconnaissance. La complexité de la holding en est un terreau très fort. C’est ainsi que la disparité de contrats entre Air France, Transavia et Hop ! génère des crispations. Pourtant, une uniformisation sociale serait très probablement un moyen pour les équipes de parvenir à l’agilité et à la réactivité que vous appelez de vos vœux. Après des décennies de réorganisation incessante, il semble que les effectifs opérationnels dont vous soulignez qu’ils ont baissé de 10 000 postes (pour beaucoup transférés à l’intérim et à la sous-traitance notamment au Hub de CDG, à la piste ou à l’entretien) à l’occasion du plan Transform (d’autres sources parlent de 15 000 suppressions de poste) soient arrivés à un stade qui remet en cause toute capacité du groupe à s’adapter (tout récemment, l’impossibilité faite pour AF d’ouvrir une ligne entre Paris et Taipei faute de pilotes).

Le déploiement de nouvelles organisations du travail des salariés a souvent été le théâtre de difficiles transitions pour le personnel dont la formation préalable a été insuffisante (préparation des vols, passage, hub, documentation constructeur pour les pilotes...). L’on me rapporte le sentiment persistant dans les équipes de leur maintien, vécu comme délibéré, dans une situation d’apprentissage permanent préjudiciable au bien-être au travail.

Bien plus que l’évolution des conditions d’exercice du droit de grève chez les contrôleurs aériens, après celles apportées par la loi Diard dont les conditions d’application à Air France n’ont pas été sans jugements en défaveur de l’employeur, c’est d’un contexte apaisé dont les salariés, et par-dessus tout les pilotes, ont besoin, avec toutes les conséquences positives en matière de Sécurité des Vols et de satisfaction du service rendu aux usagers.

Au plus près des préoccupations salariales par l’intermédiaire de mes récents déplacements sur site ou de mes relais, je sais que les projets d’externalisation d’activité sont contre-productifs pour la motivation des équipes ainsi que les résultats financiers de l’entreprise. C’est vrai partout et AFKLM n’échappe pas à la règle. L’épisode du projet de filialisation de la Direction Générale de l’Industrie en décembre 2016 en est la marque. Les difficultés rencontrées avec Transavia aussi.

À ce propos, votre plan « Trust Together » et le projet de création de filiales ayant vocation à devenir des « laboratoires opérationnels et sociaux » apparaissent comme des réponses contraires aux préoccupations des salariés, lesquels aspirent avec raison à travers les revendications constantes de l’intersyndicale constituée depuis 2015, à la fin de la sous-traitance, à des créations de postes, opérationnels notamment, à un juste rééquilibrage de l’activité LC entre AF et KLM, ainsi qu’à une légitime augmentation des grilles de rémunération. Pire, alors que grande publicité a été faite de l’avènement de cette nouvelle filiale, il semble qu’un « délit de marchandage » ait été clairement identifié par le cabinet d’expertise Lyon-Caen dans la construction que vous envisagez.

Outre cet aspect, les exercices financiers 2015 et 2016 du groupe AFKLM sont la marque, à ce jour où il n’a jamais été aussi facile de voyager avec d’autres compagnies aériennes, que AFKLM en général et AF en particulier répondent à une demande claire des passagers. Sinon, comment expliquer que, malgré les événements conjoncturels particulièrement forts et spécifiques ayant touché la France l’an passé, les vols affichent encore des niveaux de remplissages de 85 % en moyenne annuelle avec l’une des meilleures recettes unitaires du secteur ? Les efforts financiers du groupe AFKLM sont orientés vers un remboursement anticipé de la dette au détriment de l’investissement industriel. Cette pratique répandue, quel que soit le secteur industriel, vient des impératifs de performance financière attendus par « le marché ». Ils sont notoirement disproportionnés. Il faudra les rééquilibrer.

Nous en venons naturellement à ce point aux préoccupations d’ordre concurrentiel que vous évoquez. Je partage très intimement ces préoccupations en matière de concurrence déloyale avec vous, les salariés et les usagers.

Le territoire français est attractif et représente la plus importante destination touristique. Certaines projections évoquent 100 millions de visiteurs annuels à l’horizon 2020 pour 85 millions aujourd’hui.

Je partage avec vous le fait que l’Europe ne protège pas ses industries de la concurrence déloyale. Pire, à travers l’uniformisation sociale qu’elle interdit, elle la rend possible quand elle ne l’organise pas.

Je ne considère pas qu’il y ait lieu de répondre à ce différentiel en matière de salaire direct et différé par une réduction de cotisations sociales telle que la Fédération Nationale de l’Aviation Marchande (FNAM) et vous l’appelez de vos vœux. Je me battrai plutôt au niveau de l’Europe pour l’harmonisation des cotisations sociales, je veillerai tout particulièrement à ce que les pratiques d’ubérisation ne soient pas permises. Chaque entité de mise en relation et d’échange sera considérée comme un employeur à part entière et devra s’acquitter des mêmes droits sociaux au bénéfice des employés. Le pay-to-fly sera proscrit, par la loi.
Ainsi, le choix des passagers pourra-t-il se faire non sur des bases de dumping social intra européen, mais sur le service rendu, répondant du même coup à votre préoccupation en matière de qualité de service.

Les politiques de taxation des gestionnaires d’aéroports, au premier rang desquels Aéroport de Paris, envers les transporteurs devront être remises à plat.

Préoccupations sociale et écologique centrales, rétablissement d’une concurrence loyale, harmonisation des règles de l’Union européenne pour lutter contre le dumping social, réorientation de la stratégie de l’État, renforcement de la lutte contre la fraude et le travail illégal, régulation du secteur, voilà nombre des objectifs qui sont les miens et que je sais pouvoir partager avec vous. J’entends bien à ce titre réaffirmer avec eux la mission des administrateurs représentants l’État au Conseil d’administration.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président directeur général, l’expression de ma haute considération.

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