Accueil > Actualités > Air France > « Trust Together » Gueule de bois

« Trust Together » Gueule de bois

20 juillet 2017

« Trust Together »
Gueule de bois

Les résultats sont tombés, sans appel. 95 % des adhérents du SNPL AF ont approuvé le projet d’accord « Trust Together » (« TT ») direction et BAF. Cet accord, quelque soit la version, porte en lui la création d’une nouvelle compagnie, dénommé Boost à ce jour, Long et Moyen courriers basée à CDG, ainsi que la non-revalorisation de notre rémunération à la hauteur des efforts passés et des résultats financiers de l’entreprise, l’externalisation d’environ 13 % de la flotte AF, l’augmentation de la sous-traitance sol et des contrats sociaux pour les futurs PNC de Boost inférieurs de 40 % à celui d’Air France (mais les OPPNC portent aussi sur leurs épaules une large part de ce naufrage social annoncé). Sans parler de la perte de 12 jours OFF pour les pilotes MC, la suppression d’un OPL LC sur certains vols cargos (alors même que le Chsct-Pilotes bataille contre la fatigue pilote LC… en attendant de le faire prochainement sur MC), la perte de la toilette privatisée sur A350...

Certes, la profession a réussi à engranger quelques avancées, la plus emblématique étant l’abandon du « solde de Transform2015 »… qui n’avait aucunement lieu d’être tant les contreparties de la direction étaient loin d’avoir été réalisées. Un tableau prévisionnel de rattrapage du déséquilibre d’activité LC entre AF et KLM mais dont l’issue est plus qu’incertaine après 2022 et qui ne fait que corriger, en partie seulement, la parole bafouée de la direction en la matière, quelques « grammes » de mesure GP au travers du « X Crew Member », quelques miettes d’euros avec la revalorisation des indemnités de déplacement…

Mais si nous mettons en perspective ces quelques avancées avec la situation de l’entreprise et le comportement social de nos dirigeants, nous ne pouvons que constater et déplorer un gouffre qui ne fait que se creuser, année après année, et qui, n’en doutons pas malheureusement, n’est pas près de se combler : augmentation salariale à deux chiffres du COMEX quand la profession offre 40 millions d’euros de productivité, sans parler des retraites chapeaux qui continuent de ponctionner chaque année la richesse créée...

Alors, inutile de vous avouer qu’ALTER est « un peu » déçu. Nous regrettons que l’histoire n’ait pas servi de garde-fou à ce plongeon dans la gueule du loup, la même, de gueule, qui nous a broyés plusieurs centaines d’emplois pilote, environ 40 coques MCC et quelques dizaines de millions d’euros avec la création de Transavia France en 2007. A l’origine, pour rappel, TOF devait se limiter en « propre » à 14 coques et des destinations Soleil... : que croyez-vous qu’il adviendra, demain, des limitations à 10 coques LC et 18 MC de Boost ?

Janaillac/Terner réussissent à aller bien plus loin que les honnis Juniac/Gagey avec une bénédiction des plus larges, à peine un an et demi après la belle mobilisation du 5 octobre 2015... Salariés mobilisés d’alors, où êtes-vous ?

En outre, les récents déboires financiers de Norwegian, d’Air Berlin, d’Emirates, d’Etihad, pour ne citer qu’elles, auraient dû nous alerter sur l’aspect plus que douteux tant sur le plan industriel, que social et financier de Boost, vraie-fausse Low Cost.

Une autre constatation s’impose aussi. Décembre 2014 a vu l’élection au sein du SNPL AF d’un Bureau (BAF) très combatif, comme nous en avions rarement vu au sein de cette organisation syndicale. Le travail intersyndical pilote ainsi qu’intercatégoriel que nous avons pu mener de concert depuis lors a débouché sur la journée historique du 5 octobre 2015 qui a vu, outre une chemise volée au vent de la colère légitime des salariés d’AF (et consécutivement et malheureusement le licenciement abusif, entre autres, de cinq de nos collègues sol), une union entre Personnel Sol, PNC et Pilotes se concrétiser. Ce travail a aussi débouché sur l’éviction de deux PDG, sur l’enterrement du plan Perform2020, sur un rétablissement du rapport de force entre direction et salariés… Ce BAF, volontaire, ouvert aux échanges et à une transparence certaine, n’est au final parvenu qu’à défendre un accord « Trust Together » insatisfaisant, bien que légèrement meilleur que celui exigé par la direction.

Alors, que s’est-il passé entre le 5 octobre 2015 et ce 18 juillet 2017, date de la signature par ce même BAF de « TT » ?

Côté ALTER, nous avons l’intime sentiment d’avoir rempli notre rôle avec nos armes. Notre conviction militante a été de soutenir aussi efficacement que possible le bureau de Philippe EVAIN qui a fait la démonstration de sa résistance aux vieilles sirènes. Nos efforts ont été axés sur cette loyauté, notre ardente conviction qu’il fallait faire vivre à toute force l’intersyndicale Pilotes tout d’abord, puis celle réunissant PS/PNC/PNT pour opposer à la direction un rapport de force qui aura tenu assez longtemps. Mais nous mesurons aussi, David contre Goliath, que notre appel aux pilotes à s’opposer par la grève à l’externalisation de l’activité est resté isolé et peu suivi en mars dernier...

Côté SNPL, l’âme politique profonde de cette organisation syndicale a pu rattraper certains membres de son Conseil (CAF). Puis, par la suite, une partie des membres du BAF lui-même, « âme » qui pourrait se traduire en paraphrasant une trop célèbre sentence syndicale : « Il faut savoir arrêter une lutte ! »… et reprendre le cours de la co-gestion historique. Malheureusement, tant que nous considérerons la direction comme un partenaire social et non comme un adversaire, voire un ennemi, qui n’a d’autre objectif de nous tuer sur le plan social, tant que nous ne mettrons pas une détermination à toute épreuve pour imposer nos propres nécessités, nos propres revendications, alors elle continuera inexorablement à nous imposer, in fine, les siennes.

Enfin, côté pilotes, l’épilogue donné à cet épisode laisse ALTER, à chaud, profondément désabusé. Il n’existe aucune raison fondée justifiant le revirement évoqué plus haut autre que la soumission à de petits intérêts particuliers et/ou à une doxa en vogue également au plan national, ce qui n’est pas une excuse. La lassitude n’est pas un motif suffisant pour une telle démission. L’épisode de la consultation tout pilote de février 2017 où trois OPPNT avaient invité la profession à rejeter le principe de cette externalisation inutile et dangereuse a été le début de la fin. L’épisode du délit de marchandage n’aura pas été l’occasion inespérée de revenir sur ce « choix » malheureux. Une grande majorité d’adhérents du SNPL ont malheureusement persisté.

Faut-il pour autant baisser les bras ? Non, assurément ! La lutte doit se poursuivre, tout d’abord parce que tout un pan de pilotes n’acceptera jamais cette fatalité, qui ne demande qu’à être renversée, ensuite parce que la lutte, à n’en pas douter, ne fait que… (re)commencer !

Dans les toutes prochaines semaines, à l’automne 2017, nous devrons rebattre le fer pour imposer une revalorisation conséquente de notre rémunération. Sans parler des aléas qui ne manqueront pas de subvenir à l’occasion de la création de Boost, des prochains manquements à la parole donnée de la direction...
En outre, vous êtes nombreux dans les postes à avoir affirmé que « TT » était une ligne rouge infranchissable : 10 machines LC, 18 MC, 4% de rémunération/productivité et Prod’ balances caractérisent cette ligne. Vous devrez être au rendez-vous. ALTER sera encore là pour vous y inviter !

ALTER continuera donc à œuvrer au décryptage original de l’actualité sociale, à offrir des propositions progressistes, au travail unitaire avec tous ceux qui ont acquis la conviction que l’unité fait la force, au sein même de la profession, mais aussi au niveau de l’entreprise…
ALTER continuera à se battre aux côtés de tous ceux qui ne se résignent pas, qui n’acceptent pas le There Is No Alternative (« TINA ») thatchérien de notre direction qui n’est qu’un simple slogan patronal dépourvu de réalisme politique et économique. La seule réalité qui doit s’imposer à nous est le mensonge et l’immoralité de plus en plus outrancière de ces mêmes directeurs qui passent leur temps à prêcher la bonne parole et à faire le contraire, qui s’accaparent une bonne partie de la richesse que nous créons toutes et tous au quotidien pendant qu’ils nous demandent de nous serrer la ceinture (les résultats du premier semestre 2017 d’AF devraient être excellents… alors même que le transfert d’activité tant sur le Long que sur le Court Courrier que poursuit à un rythme soutenu d’AF vers KLM : imaginons alors ce qu’il en serait si les ratios avaient été respectés par la direction !), qui sont responsables de nos emplois du temps surchargés, de la fatigue qui s’accumule, de l’affaissement consécutif du niveau de notre Sécurité des Vols, de l’impossibilité d’ouvrir toutes les nouvelles lignes possibles par manque de pilotes, etc.

Même si la fatigue, la lassitude… ont amené aujourd’hui une imposante partie des adhérents SNPL AF à baisser les bras pour adouber « Trust Together », symbolisant à n’en pas douter l’état d’esprit de la majorité des pilotes, au-delà des chapelles syndicales, demain, la majorité de la profession doit absolument reprendre pied dans le « vrai » réalisme social, celui fondé sur l’histoire factuelle passée et présente, d’AF mais aussi du reste du monde du travail, en France comme à l’étranger, au risque de voir fondre sur elle le rouleau compresseur des régressions en chaîne.

Pour cela, ALTER espère que l’été sera à même de panser tous les maux accumulés par une majorité de pilotes durant toutes les années passées et accouchera de leur volonté renaissante de reprendre le chemin de la lutte pour un progrès social légitime et une dignité enfin retrouvée.