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Trust Together - Vers le dénouement ?

3 mai 2017

Trust Together
Vers le dénouement ?

Aujourd’hui 3 mai, date de la mise sous presse de ce BSPN, se tient le Conseil d’administration à l’occasion duquel l’équipe Janaillac passera un grand oral sous yeux critiques. C’est cette date que la direction a choisie pour diffuser son projet d’accord « Trust Together » (TT) dans sa déclinaison « Pilotes ». ALTER y voit, au moins partiellement, une tentative des cerveaux musclés portant ce projet de faire accroire à leurs maitres qu’ils ont repris la main sur le calendrier après l’avoir laissé filé.

Ce second projet d’accord « TT » pilote, dont ALTER vient de procéder à une première lecture et dont l’analyse sera publiée prochainement, porte malheureusement en son sein, outre des mesures de productivité et l’absence de toute revalorisation de notre rémunération, l’autorisation de lancer BOOST en externe, ce qui est une profonde erreur.

ALTER espère néanmoins qu’à l’occasion de ce Conseil d’administration, notre tandem de choc, à la rémunération 2016 augmentée de 17% (si ce n’est plus), présentera dans le même temps le bilan « fracassant » de Transavia France : plus de 100 millions d’euros de perte en dix ans !... sans parler de la destruction de 31 coques MC Air France et de ses 550 pilotes.

BOOST ne sert qu’un but : afficher devant les investisseurs l’image d’une entreprise « capable de se réformer et de signer des accords de productivité », un bon petit élève de cours d’économie ultralibérale, option « parfait libre-échangiste ». Quelle que soit la teneur de l’accord d’ailleurs, ce n’est qu’une question d’affichage. Car compte tenu des nouveaux éléments mis en avant par la consultation Lyon-Caen et de la nécessaire nouvelle infrastructure à mettre en place pour séparer davantage la structure BOOST de celle d’AF, l’économie attendue est maintenant de… 25 millions d’euros par an ! Pour un résultat d’exploitation 2016 de 500 millions d’euros hors grèves et un CA de 15 milliards. Pour Air France, ce n’est même plus une paille, c’est un cure-dents... Par contre, l’autonomie commerciale et de gestion de la NewCo importera très vite une grande menace sociale au sein de la maison mère qu’elle était sensée dynamiser. N’oubliez pas que les hauts dirigeants sont des mercenaires de passage (5 ans maxi, moins si on les vire avant le terme) rémunérés à l’objectif atteint, objectif dont ALTER vous a décrit dans un précédant BSPN, citant les éditions des « Documents de référence » annuels remis en amont des Assemblées générales d’actionnaires, la manière délicieuse dont il était évalué (gains de productivité, baisse de masse salariale et autres joyeusetés du même ordre).

A ce jour, la direction reste incapable d’assumer et de reconnaître ses erreurs. Concernant BOOST, elle préfère pousser à fond dans un sens excessivement risqué plutôt que d’admettre avoir eu une mauvaise idée. Le rapport du cabinet SECAFI commandé par le CCE en décembre dernier afin d’évaluer économiquement le projet souligne par exemple combien la cession de propriété d’une partie très conséquente de la flotte devient extrêmement pénalisante et coûteuse au plan comptable pour Air France.

D’autre part, après la consultation juridique Lyon-Caen, le projet BOOST n’est plus celui sur lequel les pilotes ont été invités à s’exprimer à l’occasion de la récente consultation pilote du SNPL : son résultat devrait donc être considéré comme caduc.

Mais ALTER est bien obligé de reconnaître n’être, à ce stade, pas parvenu à persuader les négociateurs sur le rejet de la partie BOOST de l’accord. Et donc la menace de démantèlement d’Air France (flotte MC et LC, sous-traitance, effectif) et de précarisation sociale (densification de la productivité, casse sociale PS et PNC, crispation sociale) reste, elle, bien concrète. Nous en avons déjà appelé aux pilotes afin qu’ils se manifestent en assurant les bureaux du SNPL et du SPAF que malgré la consultation, le deal est rompu et l’aventure de la filialisation doit être abandonnée.

Le rapport SECAFI commandé par les syndicats et présenté lors du CCE du 27 avril, lequel est loin d’être un brûlot antilibéral, souligne le côté pour le moins hasardeux dans lequel la direction nous entraine pour une économie aussi faible que 25 millions d’€ par an sur les 685 que JMJ ambitionne d’ici à 2020. ALTER rappelle ici que la question même de ce projet devrait être posée avec une vision socialement progressiste et industriellement lucide. Pas avec les hystériques critères des grands malades de la finance. Quelle cohérence y a-t-il à devoir subir BOOST qui représente un pathétique 4 % de ces économies ? Tout ça pour préserver quelques ego ? Rappelons que nous ne passons plus le programme Air France à l’heure actuelle. Le rapport met clairement en avant combien est profond le sous-effectif opérationnel...

ALTER s’est procuré un excellent tract rédigé par Sud Aérien qui commente le rapport SECAFI afin d’informer de la teneur des débats lors de la réunion du CCE du 27 avril. Alors que les pilotes disposent désormais de l’accord dans sa version ouverte à signature (jusqu’au 1er juin 2017), ALTER souhaite partager ce document avec vous afin d’éclairer votre lecture. Merci à vous de trouver ci-dessous les plus grandes lignes de celui-ci.


CCE Air France 26 Avril 2017

RAPPORT D’EXPERTISE du Cabinet SECAFI sur le BILAN AF 2016
Ce rapport reprend beaucoup d’arguments déjà donnés par SUD AERIEN sur l’environnement du transport aérien et le positionnement d’AF :
• Le contexte du transport aérien est resté bon en 2016 : passagers en hausse (+6%)
• Le choix opéré par AF de réduire son offre en 2016 (-1.4%) a été à contre-courant du marché et des autres compagnies, Air France n’a donc pas tiré profit autant qu’elle aurait pu de cette conjoncture.
• KLM qui a suivi cette croissance a tiré plus de bénéfices de cette stratégie
(...)
• L’activité maintenance dégage un cash-flow nettement supérieur à ses besoins d’investissements !
Là encore, l’argument d’une filialisation qui devait permettre à la DGI de se développer n’a été qu’une entreprise d’enfumage, reposant sur des mensonges !
TRANSAVIA s’enfonce dans ses déficits, cette filiale Low-Cost ne rapporte rien à AF !

Même si les résultats d’Air France sont bons, elle est victime de sa stratégie de départs massifs du personnel (effet PDV). La compagnie a été incapable de s’aligner sur la croissance du transport aérien. Nos dirigeants ont empiré ce processus en orientant le maximum de passagers vers KLM au détriment d’AF. Résultat : les avions de KLM sont mieux remplis que ceux d’AF, donc plus rentables.

Cette politique a aussi conduit à un sous-effectif chronique.

Aujourd’hui, le besoin de recrutement est énorme dans presque toutes les activités (Maintenance, Informatique, PNC, PNT,…). Notre direction rappelle même ses anciens salariés partis en PDV pour les réembaucher !
AF a fait partir trop d’agents, créant sous-effectifs et tensions au travail.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le marché mondial CARGO en croissance depuis plusieurs années (+3,6% en 2016), AF/KLM est passé de 1er transporteur Cargo Mondial en 2011 à cinquième aujourd’hui.
Et comme pour les passagers, ce recul est nettement plus important à Air France qu’à KLM. 
L’activité est maintenant orientée vers les soutes des avions PAX.
Le Cargo contribue ainsi pour 375 M€ (en 2016) aux résultats du Passage.
Le rapport de SECAFI indique aussi que la sous-traitance de plusieurs activités magasins CARGO ne sera pas rentable avant 5 ans et que certaines fonctions de manutentions ont une incidence très forte sur la performance et la sécurité. De plus, les coûts de cette sous-traitance risquent aussi d’augmenter d’ici 5 ans…
Cette solution n’est pas économiquement pertinente !
Trust TOGHETHER devait s’établir sur 3 niveaux :
➢ Filialisation de la maintenance (abandonné suite mobilisation du personnel de la DGI)
➢ Lancement d’une LOW-COST Long-Courrier « BOOST » (en retard sur le planning)
➢ Rationalisation du Point à Point (AF a ralenti sa mise en œuvre)

Pour Sud Aérien, la direction peine à convaincre les salariés et les élus. BOOST est fébrile et comporte bien plus de risques que de bénéfices. Nous n’en voulons pas ! Les salariés n’ont rien à y gagner.

Projet BOOST Low-cost Long Courrier/ Moyen courrier :
Sud Aérien, CGC, FO, UNSA, CGT, CFDT, Syndicats PNT et PNC demandent le report de la consultation de ce point pour manque d’information. Les élus refusent de voter (note d’ALTER : La consultation réglementaire aura lieu dans les prochaines semaines)

Pourquoi ?
1. Ce projet se réduit aujourd’hui à sa seule composante PNC = réduire leur statut pour un gain estimé à seulement 25M€/an. Leur statut est attaqué au sein du groupe, avec le risque que cette précarisation devienne le nouveau standard Air France. Beaucoup d’énergie gaspillée pour peu de gains escomptés, comparé à l’amende Cargo (qui a couté 313M€), ou à la mauvaise politique de couverture pétrole qui a fait perdre à Air France 890 millions $ en 6 ans !

2. JM Janaillac veut 685M€ d’économie d’ici 2020, BOOST n’en représente en réalité que 3%.
Ce projet devient de plus en plus un symbole et laisse de côté les risques sociaux et le mécontentement de l’ensemble de la population PNC. (Note d’ALTER : Pire, il est contradictoire avec l’un des rares éléments positifs rapportés des enquêtes de satisfaction menées auprès du personnel, la fierté préservée de travailler à Air France et l’attachement à son métier. La direction persiste à jouer avec le feu pour seulement 4 % de l’objectif de 685 millions d’€. C’est la marque incontestable de son dogmatisme).
C’est une machine antisociale qui produira mécontentement, sous-traitance massive, précarisation du statut des PNC et grèves à répétition.

3. La clientèle visée par BOOST, les « Millenials » (18-35ans branchés), n’a pas fait l’objet d’une étude poussée :
➢ Pas d’étude relationnelle entre les lignes envisagées et ces fameux « Millénials »
➢ Pas d’analyse chez les autres compagnies qui réalisent de bonnes performances sur cette clientèle
➢ Construction d’une offre sur les seules lignes dites déficitaires d’AF alors que les « Millénials » voyagent sur toutes les lignes Air France
➢ Image brouillée entre une communication « Low-Cost » mais des tarifs comparables à AF

4. Le risque de délit de marchandage avec des PNT Air France et des PNC « BOOST » a été confirmé par un cabinet d’avocats (Lyon-Caen & Thiriez). La structure juridique pose donc problème et Air France doit revoir en profondeur sa copie. Les négociations avec les pilotes patinent sur ce point.

5. Le montage financier sera des plus complexe : BOOST (qui devient une société d’affrètement) « achètera » ou louera des avions avec des fonds provenant d’Air France pour ensuite facturer à Air France une prestation de location avec équipage. Les périmètres d’échanges financiers sont flous.
(Note d’ALTER : usine à gaz dangereuse pour rien, en tout cas au plan industriel. L’intérêt de la direction pour son Boost n’est donc pas là. Il réside certainement dans sa fonction « lab ». Social. Industriel. Les employés n’ont rien à y gagner).

6.
Coté Sol, ce projet ne sera qu’une grosse machine à sous-traiter :
• En piste, 1 seul RZA Air France, tout le reste sera sous-traité
• Pertes d’effectifs AF liés aux transferts d’avions/lignes vers BOOST (support, pricing, comptabilité,…)
• Aucune garantie que la maintenance soit assurée par du Personnel Air France de la DGI malgré nos demandes précises.
(Note d’
Long Courrier Moyen-Courrier : la direction trouve le moyen d’identifier du sureffectif au hub !!! Et dans le même temps du sous-effectif chez les conducteurs du changement à hauteur de 100 postes au pilotage économique, CQFD).

Pour Sud Aérien, Air France a les moyens de se développer en interne.
Ce projet peut s’intégrer dans une structure AF avec du Personnel AF, mais notre direction préfère miser sur des PNC filialisés et précarisés, et des sociétés sous-traitantes.

Cette énième filialisation ne génèrera aucun emploi Air France.

Long Courrier Moyen-Courrier : Cette externalisation génèrera par contre une complexité qui jouera contre l’agilité attendue autant que des crispations préjudiciables et contre-productives).

La direction accepte de reporter le point de consultation du projet BOOST.
Un CCE Extraordinaire sera déclenché dans les semaines suivantes.