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« Trust antisocial Together » ?

22 septembre 2016

« Trust antisocial Together » ?
ou véritable remise en cause de la politique directoriale…

… à ce jour, la question reste plus que jamais de circonstance.

Le 2 septembre dernier, après un été catastrophique en terme de conditions d’exploitation (sous-effectif pilote, équilibrage inepte entre divisions de vol, planning déconstruit, fatigue...) amenant notre Sécurité dans un domaine de vol accidentogène, ALTER a décidé d’écrire à notre DG.OA (lire le courrier sur notre site) afin de l’alerter sur cette réalité et lui proposer des solutions. En réponse, ALTER a été reçu lundi 19 septembre par MM. Gilles LAURENT et Roger LOISEL (Directeur SV et Formation).

Entre temps, notre DG.OA s’était fendu d’un courrier tous pilotes intitulé « En Direct », courrier qui nous a amenés à nous interroger sur la réalité d’une véritable (re)prise de conscience par la direction des mesures à prendre afin de relancer la si désirée Confiance.
Nous avons donc été amenés à le préciser au cours de cette rencontre.

A partir de là, quelle est donc l’analyse d’ALTER sur la situation présente et à venir tirée des différentes interventions médiatiques et internes de notre nouveau PDG, M. Janaillac, de notre entretien avec les responsables de la DGOA et de leurs publications ?

Tout d’abord, la situation financière de l’entreprise, grâce au professionnalisme et à la haute compétence de tous les salariés d’AF, dont celles des pilotes, est saine et en constante amélioration. Nous devons en être collectivement fiers et ne devons cette réalité économique qu’à notre volonté de très bien faire notre travail malgré les incessantes attaques de notre direction. Ce champ-là de la vie de notre entreprise est, à ce jour, dégagé de tout danger immédiat. Ce qui n’est pas forcément synonyme d’immobilisme et de surdité face aux bruyants remous de la concurrence externe… et interne.

Néanmoins, en cette année 2016, la situation de l’entreprise, tant sur le plan de la SV que de la qualité de l’exploitation, est au plus bas. Et, pour une fois, c’est un point sur lequel et la direction et ALTER se rejoignent. La raison en est simple : l’accumulation « d’erreurs » directoriales en terme d’effectifs et de flotte, « erreurs » essentiellement motivées par la recherche incessante d’une Stratégie du Choc envers les salariés et plus particulièrement les pilotes. La politique dogmatique du Zéro Embauche et Zéro QT pendant des années, couplée avec deux PDV pilote, nous a conduits à une situation ubuesque qui a culminé cet été avec des annulations de vol, des cockpits particuliers (les mêmes ayant amené l’accident du Swissair 111), des plannings ultra fatigants, des retards, etc.

Il nous faut donc lire les différentes annonces faites récemment en terme d’embauches et de QT... n’ont pas comme une soudaine volonté d’en revenir à un dialogue social apaisé, transparent, fondé sur la confiance, etc., mais plutôt comme une contrainte absolue si nous voulons éviter l’accident ou la désagrégation de l’entreprise sur le plan commercial au moment même où le trafic aérien est en plein essor.

Les 100 embauches AF sont d’abord à mettre en perspective avec les 600 qui ont été détruits depuis six ans. Ces 100 embauches et les 600 QT à suivre vont donc juste suffire à détendre les effectifs pour revenir à une situation un tant soit peu nominale en terme de fonctionnement. Pas plus, et sûrement pas le reflet d’un signe d’une raison enfin retrouvée, mais, tout simplement, une juste adaptation des méthodes de la direction à une réalité qui a fini par s’imposer à elle…
Demain, il nous restera à aller chercher de nouvelles embauches et QT, afin d’accompagner l’entrée des nouveaux B787 et d’anticiper l’arrivée des futurs A350 dès 2019. En la matière, le travail ne fait que commencer, car la demande d’ALTER d’en augmenter le nombre dès à présent n’a pas reçu de réponse positive.

S’agissant des 50 embauches dédiées à TOF, nous ne pouvons que déplorer que nous poursuivions le développement en externe d’une activité qui ne cesse de perdre de l’argent. Pour cela, nous avons une fois de plus détruit de l’emploi pilote, PNC et PS. On nous rétorque que c’est une stratégie de prise de position sur Orly pour empêcher les Low Cost MC de s’y développer plus avant. Tant qu’à faire de la péréquation financière, ce qu’ALTER revendique depuis toujours, pourquoi alors ne pas avoir gardé les avions AF et ses personnels toutes catégories confondues ? Pourquoi avoir dépensé autant d’argent pour acheter des avions neufs alors que nous avions des A320 sous la main ? Combien avons-nous gagné – ou plutôt perdu – dans cette fumeuse entreprise ? Allons-nous réitérer l’expérience avec le Long Courrier ?

Mais le clou de l’affaire intervient quand la direction nous a annoncé que sur les 150 embauches à venir (100 AF et 50 TOF), 35 proviendront en toute logique contractuelle de HOP !, alors même qu’un PDV est en cours. Résultat des courses : HOP ! serait contraint de supprimer des lignes par manque de pilotes… Le roi Ubu est bel et bien assis sur le trône.

Contrainte encore la direction quand on parle de vie quotidienne. La résistance de la profession, celle exprimée au travers de l’Intersyndicale Air France ou de l’Intersyndicale pilote au printemps dernier, manifestée entre autres par notre respect de la « fameuse » Stabilité de Planning tout au long de l’été, va contraindre la direction à investir pour remettre à niveau ce qu’elle avait dégradé en dessous du tolérable : entre autres, après avoir rendu quasi « imbouffable » les plateaux-repas sur MCC, face à la colère des pilotes, la direction n’a d’autre choix que de revenir à une situation normale en la matière.
Contrainte encore quand on nous annonce que la chambre d’hôtel sera maintenue jusqu’au petit matin au lendemain d’une réserve : juste l’application des nouvelles règles édictées par l’EASA... pas un cadeau.

Contrainte une fois de plus… quand il s’agit de réorganiser la structure de l’encadrement pilote (nous passerions de 197 à 140 cadres, experts). Non seulement cela redonnera un peu d’oxygène en terme d’effectif, mais aussi, et surtout cela rendra celui-ci compatible avec une certaine exemplarité tant exigée des 100 % (petit rappel : 20 % d’augmentation de cadres en trois ans !). Mais ne nous voilons pas la face : ce remue-ménage ne sera qu’un nième « tout changer pour que rien ne change » si aucun des fondamentaux de la politique sociale de la direction ne change radicalement, si le recrutement se fond toujours sur un profil de « manager » docile et prompt à dire « amen » à toute instruction venant « d’en haut » et à faire régner l’ordre et le silence, et non sur celui d’un « pilote » réellement motivé par la tache (et non les privilèges afférents) et doté d’une capacité certaine à entendre, à relayer, voire à défendre, jusqu’au plus haut niveau, la profession.

En résumé, tout ce qui nous est présenté aujourd’hui comme les signes d’une meilleure volonté à prendre en compte les aspirations des pilotes ne trouve son origine que dans une nécessité contrainte et forcée due aux politiques sociales et industrielles désastreuses de l’ancienne équipe issue du tandem Juniac/Gagey. A ce propos, une question s’impose : si le premier étage a « sauté », le second est toujours en place. Comment pouvons-nous espérer retrouver une confiance partagée quand les principaux instigateurs de la stratégie de la peur, des ultimatums à répétitions sont toujours en place ? Comment M. Janaillac va-t-il réussir à les convaincre qu’il va leur falloir réinitialiser leur logiciel des relations humaines ?

Toujours est-il qu’une réalité doit s’imposer dès aujourd’hui à tous, pilotes, mais aussi salariés d’AF : la direction ne bouge que sous la contrainte ! Celle d’une Sécurité des Vols au bord de l’accident, celle d’une exploitation sens dessus dessous, celle d’une population pilote exaspérée au dernier degré par une politique sociale illégitimement autoritaire et régressive, celle d’une administration dans son rôle…

Ce que la direction nous propose aujourd’hui au travers du courrier du DGOA n’est donc qu’un retour à un fonctionnement nominal de l’entreprise, pas plus. Aucunement un « cadeau » ou un gage de bonne volonté.

Partant de ce principe, historique sur le plan des relations entre salariés et direction, demain, il nous faudra donc, toujours, au travers de l’Intersyndicale Air France regroupant organisations professionnelles Sol, PNC et pilote, au travers de l’unité des pilotes qui prévaut depuis de longs mois déjà, contraindre la « nouvelle » direction à accepter nos propres nécessités, nos propres revendications tant en matière d’emplois que de conditions de travail et de rémunération, sans parler du rééquilibrage des « Production Balances » avec KLM, de l’arrêt de la sous-traitance destructrice d’emplois qualifiés, de salariés motivés et donc de richesse produite.

Demain, il sera donc hors de question pour ALTER d’accepter de troquer une Low Cost Long Courrier, une ouverture de CDG à TOF, une mise à mal de la Stabilité de planning et que savons-nous encore contre nos revendications. Nous avons déjà beaucoup et trop donné, il est grand temps de récupérer et de revendiquer.

Demain, il faudra faire en sorte que la nouvelle direction d’AFKLM exige de l’ancienne direction d’Air France qu’elle remette son collectif de travail au cœur de son nouveau projet stratégique… quel que soit son nom. Qu’elle considère ses salariés, et ses pilotes en particulier, non plus comme une vulgaire variable « pilotable », un simple coût, mais bel et bien comme une richesse plus que rentable pour peu qu’ils travaillent dans de bonnes conditions. Car il n’est plus à prouver que la productivité d’un salarié heureux de se rendre à son travail fournit à son entreprise une productivité dépassant largement ses objectifs contractuels.
C’est comme cela et pas autrement que nous réussirons à valoriser et à développer durablement Air France.

En conclusion, ne baissons pas la garde à l’occasion de promesses qui restent non seulement à concrétiser pour la plupart d’entre elles, mais qui ne répondent qu’à une simple « remise à niveau » pour un fonctionnement nominal de l’entreprise.
Nous devons donc rester vigilants, les consultations par le BCG(Boston Consulting Group) ou autres nièmes enquêtes électroniques (pour quels coûts d’ailleurs ?) ne doivent pas nous détourner de nos objectifs.
Nous devons maintenir notre détermination et mobilisation au plus haut niveau afin que nos légitimes revendications soient enfin prises en compte… et mises en œuvre.